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> de la psychologie <

Au commencement était la perception

Science de la psyché, science de l’âme pour les Anciens, la psychologie est aujourd’hui presque impossible à circonscrire de manière exhaustive, tant elle s’est développée durant le siècle dernier selon une arborescence aux ramifications nombreuses. En tant que science, la psychologie est très jeune, (rappelons qu’en France la licence de psychologie existe depuis 1948 et le titre de psychologue depuis 1986), alors qu’en tant que connaissance de l’homme elle est aussi âgée que la philosophie. Durant cette époque elle découlait des grands systèmes métaphysiques.

La psychologie est devenue une discipline à part entière en se distinguant de la philosophie, dans le courant du XIXème siècle, depuis des dissensions théoriques concernant le concept de perception. Les théoriciens de l’époque se sont alors interrogés, dans de vifs débats et par ouvrages interposés, sur l’origine de la perception ; concept fondamental qui organise le rapport de l’homme au monde phénoménal et articule des notions telles que la sensation, la mémoire, l’intelligence, l’instinct, la volonté,… Comment expliquer la perception ? Le fait de percevoir, était-il le produit d’une causalité physique qui aurait une organisation de type mécanique ou bien devait-il être appréhendé en terme de conscience, selon un rapport du tout organisant les éléments ?

Ces divergences de point de vue ont produit, depuis le milieu du XIXème siècle, une fécondité de courants de pensée (gestaltthéoricien, phénoménologique, scientifique, clinique, psychanalytique), desquels ont découlés différentes théories et dispositifs thérapeutiques. Ces théories fondatrices, qui ont permis à la psychologie de ce définir un champ spécifique, autonome par rapport à la philosophie et à la science expérimentale, ont initiées à leur tour une multitude d’écoles, de mouvements et de méthodes.
Ainsi, si l’on peut définir la psychologie comme une science s’intéressant à la dimension psychologique de l’être humain, force nous est de constater qu’il existe en réalité aujourd’hui des pratiques psychologiques très différentes.

En fonction de son champ d’investigation, du type de population à laquelle elle s’adresse et de la théorie qui la sous-tend, chaque discipline psychologique trouve sa cohérence propre qui lui permet d’obtenir des résultats probants sinon significatifs.

Les courants fondateurs

Les courants théoriques fondateurs de la psychologie, que nous exposons ici d’une façon très succincte, ne sont pas aussi séparés qu’ils pourraient le paraître. Différentes avancées théoriques et expérimentales se sont succédées et enrichies les unes des autres. Cet exposé nous permettra par la suite de mieux situer notre approche par rapport à l’idéologie qui la fonde.

Le courant de la GESTALTTHEORIE

(W. Wundt, F.Brentano, Husserl – Ecole de Graz)

Ce courant affirme le primat de la conscience dans l’étude des mécanismes psychologiques.
Deux tendances se sont affrontés (associationniste - élémentariste et gestaltthéoricienne) qui posaient la question de la spécificité et de l’autonomie du psychisme par rapport aux conditionnements psychophysiologiques. Ce courant s’est divisé en deux branches : une expérimentale (Wundt) et une phénoménologique (Brentano, Husserl).

L’activité structurante à l’œuvre dans la perception est ici nommée Gestalt (forme). Le fond est le produit d’associations cérébrales, qui associe des éléments divers en un tout unifié. La forme est le propre de l’activité du sujet, indépendante du fond neurophysiologique. Ce fond tient à la nature psychique de l’homme. C’est à partir de l’école de Graz qu’a été fondé la « psychologie de la forme ».

Les lois énoncées par ce courant, toujours d’actualité, ont servis de bases théoriques à de nombreux travaux, modèles et pratiques ultérieurs (Piaget, assimilation/accommodation ; K. Lewin, dynamique de groupe ; Perls, névrose ; Szondi, moi pontifex ; Lévi-Strauss, structure en éthologie ; Lacan, structure en psychologie ; Bateson, système ; Berne, transaction ; …).

  • Concepts principaux : forme, fond, unité, indivisibilité du psychisme.

Le courant de la PHENOMENOLOGIE

(F. Brentano - Husserl, Heidegger)

Ce courant affirme la prépondérance de la relation conscience/monde comme fondatrice de toute connaissance psychologique. Ce courant se distingue à la fois de traditions philosophiques qui envisagent la conscience comme isolée du monde et de courants scientifiques qui font de l’objet et du monde un univers de choses. Il s’est développé selon trois branches successives : philosophique (Husserl), psychologique (Brentano) et existentialiste (Heidegger).

Globalement, la phénoménologie définie le sujet et le monde comme se constituant mutuellement, dans une relation ouverte, dite intentionnelle. Pour la phénoménologie, la conscience humaine ne saurait être réduite à un objet comme les autres. Le savoir psychologique, proprement dit, ne s’établit que s’il abolit la conscience, l’intentionnalité et l’existence, il n’y a par conséquence de science que de l’objet, or l’homme ne saurait être réductible à un objet étant également sujet de son expérience.
Ce courant maintient une dialectique de l’objectif et du subjectif, de la science et de la philosophie.

  • Concepts principaux : intentionnalité, relation conscience/monde, présence, existence, temps, espace.

Le courant EXPERIMENTAL

(Fechner, Wundt – Pavlov, Watson)

Ce courant considère la psychologie comme une science qui se construit exclusivement sur la base d’observation et d’expérimentation. Son option méthodologique est que le psychisme doit être soumis à l’épreuve de faits établis objectivement afin de les vérifier, voire de les reproduire en laboratoire.

Il s’est développé selon deux branches : psychoréflexologie ou réflexe conditionné (Pavlov) et béhaviorisme ou comportemen-talisme (Watson).
Cette approche « physiologiste » de la psychologie et ses présupposés scientistes, notamment en réduisant des actes complexes à leurs comportements élémentaires et en laissant de coté la part subjective de l’être, ont permis à la psychologie de se revendiquer totalement comme une science.
Au fondement de la psychologie expérimentale et scientifique moderne, le courant expérimental refuse tout principe philosophique en psychologie.

Le courant néobéhavioriste qui le prolonge tentera partiellement de sortir de ce dualisme qui privilégie exclusivement le corps en niant toute conscience, vécu ou dimension symbolique, en réintroduisant une psychologie sur des bases expérimentales.

  • Concepts principaux : comportement, apprentissage, condi-tionnement, environnement, stimulus/réponse, acquis.

Le courant CLINICIEN

(Ribot, Charcot – Janet, Dumas)

Ce courant se réclame à la fois de la science et de la philosophie en cherchant à concilier les exigences de l’observation avec celle de la compréhension. Il met en œuvre une façon nouvelle d’analyse des faits psychiques, vus alors sous l’angle de la maladie mentale et de la vie affective.

C’est à partir des limites du béhaviorisme que s’est constitué ce courant, qui accorde la priorité à l’identité d’un sujet, à son vécu et son ressenti, sur les considérations théoriques. Son approche est plus pragmatique dans sa volonté affichée de soigner et de guérir.

De ce courant naît une nouvelle discipline, la psychopathologie, qui réintroduit la folie à travers la lecture de symptômes qui désormais ont un sens.

  • Concepts principaux : psychopathologie, forces psycholo-giques, expérience, normal, pathologie, compréhension (opposé à explication).

Le courant PSYCHANALYTIQUE

(Charcot, Freud, Breuer)

Ce courant fonde une nouvelle épistémologie qui a pour effet une véritable révolution des consciences. C’est une psychologie radicalement novatrice qui remet en question le savoir médical, psychologique et psychiatrique de l’époque. Ne se fondant directement ni sur la science ni sur la philosophie, elle met à jour l’importance des traumatismes de l’enfance dans la constitution symptomatologique de l’adulte et la fonction prépondérante de la sexualité dans la constitution de l’identité et de la personnalité.

Elle inaugure une approche radicalement novatrice en instaurant l’inconscient comme à l’origine de tous phénomènes psychologiques.

Ses apports théoriques et cliniques, même ceux de ses dissidents (Jung et Reich notamment), ont imprégnés progressivement la quasi-totalité des champs de la psychologie et de la psychopathologie, à tel point qu’on ne saurait aujourd’hui envisager une étude clinique sérieuse sans faire appel, de près ou de loin, à ses concepts.

  • Concepts principaux : inconscient, pulsion, instances, oedipe, symptôme, névrose, désir.
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Chaque courant a développé des ramifications qui sont autant d’écoles, de méthodes et de pratiques qui ont progressivement investies toutes les strates de la société.

A travers ces différents courants, nous voyons bien qu’il n’existe pas une psychologie ayant un savoir en propre et partagé par tous, mais plutôt des psychologies dont chacune trouve sa propre cohérence selon le point de vue adopté initialement. Ainsi, aucune des pratiques découlant de ses théories ne peut se prévaloir d’une vision exhaustive.
Bien entendu, la psychologie a continué et continu encore aujourd’hui d’évoluer à travers ses différents acteurs.

Eric KRETZ

 

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