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| La dépression - aspects théoriques | |||||||||||||||||
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HistoriquementLa dépression est connue depuis l’Antiquité. Hippocrate
en rapporte des descriptions cliniques. Il attribue cette affection à
la « bile noire ». La traduction littérale du grec
« bile noire » donnera le terme « mélancolie
». La théorie hippocratique persiste encore, après
une éclipse au Moyen Age quand elle était suspectée
de possession démoniaque. Selon Guelfi J.D (1988): « Un état dépressif est
un syndrome clinique constitué de deux symptômes fondamentaux
: l’humeur dépressive et l’inhibition de l’élan
vital. Par ailleurs, l’anxiété, les troubles du caractère
et les perturbations somatiques sont des symptômes associés
qui peuvent être les manifestations les plus apparentes de la dépression
». Clinique de la dépressionL’humeur ou la thymie est, selon la définition de Delay J. (1988) : « la disposition affective de base qui donne à chacun de nos états d’âme une tonalité agréable ou désagréable oscillant entre les deux pôles extrêmes du plaisir et de la douleur ». L’humeur dépressive se traduit par un vécu pessimiste avec de nombreux sentiments d’insatisfaction, de dévalorisation et d’auto dépréciation qui conduisent, dans les cas les plus graves, au développement d’idées torturantes d’indignité, d’incurabilité et de culpabilité. La tonalité désagréable de l’ensemble de l’affectivité caractérise la douleur morale des déprimés. La perte de l’élan vital, concerne le ralentissement global, psychologique et moteur, parfois qualifié de syndrome d’inhibition. Il comprend : une fatigue générale, un désintérêt global et progressif, une perte d’initiative, une perte d’efficience intellectuelle, une réduction de l’activité motrice. L’anxiété, sentiment pénible et obscur d’attente,
est souvent associée à un état dépressif.
Les modifications du caractère sont habituelles au cours des états
dépressifs. Le sujet devient irritable, hostile, parfois impulsif,
violent et intolérant vis-à-vis d’autrui. L’agressivité,
souvent culpabilisée, est cruellement vécue et peut alimenter
une conduite suicidaire. Hypothèses étiologiques de la dépressionJusqu’aujourd’hui, les causes exactes de la dépression sont inconnues. Différents arguments pertinents sont proposés : Théories génétiquesLe caractère familial des troubles de l’humeur, et plus particulièrement de la psychose, a été remarqué depuis longtemps par E.Kraepelin (1886). Les théories génétiques de la dépression sont bien argumentées pour les dépressions endogènes, particulièrement dans la psychose maniaco-dépressive bipolaire. La recherche des facteurs génétiques dans la dépression
s’appuie sur différentes méthodologies. Les études génétiques justifient le bien-fondé de la ségrégation entre troubles bipolaires et unipolaire des troubles dépressifs ; par contre, le déterminisme génétique n’existe pas dans les dépressions névrotiques. Théories neurobiologiquesLes causes biologiques de la dépression sont basées sur trois hypothèses : 1) Les dépressions surviennent sans facteur psychologique ou situationnel de déclenchement. Le rythme régulier de certaines rechutes donne l’impression d’un dérèglement biologique interne. 2) L’existence de syndromes dépressifs, lors des maladies générales comme les maladies endocriniennes, des lésions cérébrales ou après des traitements médicamenteux qui provoquent des changements biologiques, peuvent être à l’origine de dépressions. 3) L’efficacité des antidépresseurs et la mise en évidence de leurs activités biochimiques au niveau cérébral : mais l’action des antidépresseurs dans toutes les variétés de dépression remet en cause la séparation entre dépressions endogènes biologiques d’une part et dépressions névrotico-réactionnelles psychologiques d’autre part. Théories environnementalesL’importance des facteurs environnementaux a très tôt
été mise en relief tant sur le plan clinique que psychopathologique.
Dés le début du XXème siècle, la notion de
réaction aux événements a été émise
par Jaspers et Meyer. Les travaux consacrés aux rapports entre événements et dépression de l’âge adulte concernent deux domaines distincts : les événements traumatiques précoces au cours de l’enfance jusqu'à l’adolescence et les événements dits récents, dont l’apparition précède de moins d’une année le début de l’accès dépressif, qu'il soit endogène ou névrotico-réactionnel. Ils sont considérés comme des facteurs précipitants ou déclenchants. Les agents stressants favorisent la survenue d’une dépression mais ils semblent rarement en être la cause unique. Ce courant de recherche a également favorisé toute une
réflexion sur la nature des interactions entre les événements
de vie et différents facteurs susceptibles de moduler leur influence,
qu'il s’agisse de facteurs environnementaux (support social), psychologiques
ou biologiques. Ces réflexions ont aussi contribué à
l’élaboration des modèles étiopathogéniques
multifactoriels, qui tentent de restituer la pathologie dépressive
aux caractères d’influences biopsychosociales. Théories cognitivesPour les cognitivistes, les symptômes dépressifs résultent
d’un traitement déficient de l’information par le sujet.
Le sujet déprimé procède à une lecture du
monde excessivement pessimiste, sélectionnant les informations
les plus sombres, dont il amplifie le caractère négatif. Les cognitions : la théorie de la dépression
de Beck est basée sur le postulat qu'il existe des représentations
positives et des représentations négatives. Les distorsions cognitives comprennent : Les schémas cognitifs sont la partie la plus profonde des variables cognitives. Ils représentent l’ensemble des croyances et des convictions intimes qu’un sujet entretient sur lui-même et sur le monde. L’inconvénient de la théorie cognitive est qu’elle
méconnaît la complexité de l’organisation interne
du sujet et les interconnexions affectivo-intellectuelles. Le modèle tridimensionnel de Lang postule que la dépression
repose sur trois familles de symptômes : comportementaux, affectifs
et cognitifs. Théories psychanalytiquesLes théories psychanalytiques s’articulent autour du deuil, de la perte, de la frustration et d’expériences traumatiques, rendant le sujet adulte vulnérable aux ruptures dépressives. Freud S. (1915) dans « Deuil et mélancolie » définit
le deuil comme : « réaction à la perte d’une
personne aimée ou d’une abstraction à sa place ».
La perte réelle ou symbolique ayant des similitudes avec la mélancolie
par la tristesse, la douleur morale et le désintérêt
pour le monde extérieur. Cependant, dans le deuil, l’objet
perdu est reconnu du sujet. Dans la mélancolie, l’objet perdu
n’est pas consciemment identifié par le sujet et le sujet
s’avère incapable d’assumer cette perte symbolique
de l’objet. Le mélancolique s’avère incapable
de déplacer ses investissements affectifs (libido) de l’objet
extérieur perdu à un autre objet extérieur. Pour Abraham K., le moteur des ruptures dépressives consiste en des tendances sadiques, une « disposition haineuse » envers l’extérieur. Il en découle l’incapacité à aimer les autres et une propension à les détester qui s’accompagne d’un sentiment de culpabilité. Les tendances sadiques sont retournées contre le sujet dans les thèmes d’autodevalorisation, ou d’auto-accusation mélancoliques. D’après Abraham, cette régression est favorisée par des déceptions précoces dans la relation de l’enfant avec ses parents. Klein M. (1934) postule que la dépression serait une reviviscence,
lors de certains événements, des ambiguïtés
affectives éprouvées lors d’une étape du développement
du nourrisson qu’elle dénomme la « position dépressive
». Initialement le nourrisson ne reconnaît pas un objet extérieur
dans son intégralité. Ainsi, le sein et la main de la mère
ne sont pas intégrés comme éléments d’une
même unité et le nourrisson se trouve dans une « position
schizoparanoide » : il aime le sein qui le nourrit et il rejette
la main qui l’en écarte. Puis il va reconnaître que
le sein et la main appartient à la même personne. Ce passage
d'une vision clivée à une vision plus unifiée suppose
l'introjection de l'autre en soi et le renoncement à une part de
toute-puissance. Prenant conscience de l’ambivalence de ses sentiments,
il débouche alors sur une « position dépressive »
qui permet l'intrication-liaison de la pulsion de mort par la pulsion
de vie... Dans l’ensemble, les théories psychanalytiques retiennent comme déterminante la qualité des relations entre le sujet au cours de son développement et le monde extérieur. ConclusionToutes ces hypothèses reposent sur des arguments pertinents mais, aucun ne peut se prévaloir d'expliquer les phénomènes dépressifs de manière exhaustive. Concernant les théories d’origine psychologique, les anomalies mentales proviennent d’une fragilité venue de l’enfance. Pour les autres, d’origine organique, le trouble mental provient d’altérations cérébrales. Aujourd'hui, les maladies mentales et en particulier la dépression, sont davantage envisagées selon un déterminisme plurifactoriel où se combinent des éléments génétiques, biologiques, psychologiques, et environnementaux. Eva TAZOPOULOU
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