La dépression chez le sujet âgé
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Les origines de la dépression

La dépression chez le sujet âgé peut découler de différents facteurs :
- le vieillissement physique,
- le passé personnel de l’individu,
- les conditions psychosociologiques.

La question du vieillissement

En vieillissant, les capacités physiques et psychologiques de l’individu changent. Il peut progressivement ou subitement perdre son autonomie et devenir plus dépendant (de la société, des services d’aide, des soins médicaux… ). La perte d’autonomie est parfois difficile à gérer ou à accepter psychologiquement. En outre, le sujet âgé est beaucoup plus exposé aux maladies physiques que le reste de la population.

Le passé et les antécédents du sujet

Les tensions affectives durables et les traumatismes psychiques réitérés, comme par exemple la prise en charge d’un conjoint ou d’un proche malade, sont des facteurs facilitant la dépression. Les antécédents personnels et familiaux jouent aussi un rôle important.

Il ne faut pas confondre la dépression avec une maladie ou la conséquence du vieillissement. Par exemple, chez le sujet âgé, une dépression sans aucun antécédent psychiatrique cachera sûrement une affection organique.
On prendra soin également de ne pas confondre la dépression avec la démence, qui est due à la destruction de cellules spécifiques du cerveau.
D’autre part, une étude (BRODATY) a montré que la dépression chez le sujet âgé ayant un début tardif était souvent déclenchée par des événements de vie.

Les conditions psychosociologiques

La retraite :

La prise de la retraite est un événement très important dans la vie d’une personne. Deux axes de réflexion théorique sont proposés :
- la « théorie de la continuité » dans laquelle l’arrivée de la retraite est prise comme un soulagement par la suppression des contraintes liées à la profession.
- la « théorie de la crise » dans laquelle la vie professionnelle étant porteuse d’un facteur fondamental d’intégration et de valorisation sociales, le retraité ressent cela comme une perte de prestige, de statut ou rôle social. Son identité se trouve bouleversée, remise en question. Une dévalorisation de soi-même peut être un élément conduisant à un état dépressif. D’autre part, la retraite entraîne souvent une inquiétude liée à la diminution des revenus.

La solitude :

La solitude ou l’isolement restreint les stimulations par le tarissement des sollicitations. Avec la solitude apparaît l’ennui, le sentiment d’inutilité, l’inactivité. Ajouté à l’isolement social, la possibilité de conflits interpersonnels avec le conjoint ou les enfants, le deuil, la perte de proches, favorisent l’instauration d’un état dépressif.
Le veuvage place la personne âgée face à la solitude mais aussi face à l’idée de sa propre disparition, et mobiliser une angoisse spécifique. Une carence en relations, intimes ou de confiance peut également conduire à un état dépressif.

La symptômatologie

La dépression du sujet âgé serait différente sur le plan symptomatique de celle de l’adulte, étant plus fréquente, plus chronique et plus difficile à traiter. Il est parfois difficile devant certains symptômes de savoir s’ils sont spécifiquement liés au vieillissement ou à un processus dépressif.

L’humeur dépressive

La dépression se traduit par un sentiment persistant de tristesse, par une incapacité à trouver la vie agréable comme auparavant et par une certaine irritabilité. L’anxiété est très présente chez le sujet dépressif et se traduit généralement par une peur de sortir, par une dépendance grandissante vis à vis de l’entourage.
Le malade a des difficultés à rester en place, il se plaint fréquemment.

Les manifestations psychologiques subjectives associées

Elles se traduisent par une perte de confiance en soi, d’estime de soi, par une auto-accusation et un retrait social.
La vie du sujet âgé est rendue plus difficile par des plaintes de mémoire. Les oublis du sujet déprimé portent sur les activités mnésiques qui demandent le plus d’effort et s’accompagnent souvent d’une inhibition intellectuelle marquée par des problèmes de concentration. On remarque également que les souvenirs désagréables sont mieux conservés que les souvenirs agréables. Pessimisme, désespoir et abandon, sont des notions courantes chez la personne âgée dépressive et entraînent souvent des pensées récurrentes de mort et de suicide.

Les symptômes psychotiques : idées délirantes dépressives

La survenue d’un accès délirant chez un sujet âgé doit faire soupçonner en premier lieu une dépression délirante. La présence d’idées persécutrices ne va pas à l’encontre de cette hypothèse, surtout si les thèmes persécutifs sont articulés à des idées plus typiquement mélancoliques. Parfois, on trouve des symptômes hystériques qu’il ne faut pas confondre avec des troubles réellement neurologiques (incapacité à marcher ou à déglutir…). Les idées de persécution et de préjudice sont habituelles et des hallucinations peuvent s’observer.

Les symptômes somatiques

Les principaux symptômes somatiques sont des perturbations du système nerveux central, des désordres gastro-intestinaux, des douleurs ostéo-articulaires ou musculaires et des troubles cardio-vasculaires.
Nous pouvons également constater un ralentissement psychomoteur. Ce dernier porte sur toutes les activités, même les gestes simples et la mimique. Le ralentissement psychomoteur se traduit par la perte de l’élan vital, de l’intérêt pour soi et pour les autres.

Le diagnostic différentiel doit être évoqué entre la dépression et un début de maladie neurologique, fréquente à cet âge (maladie de Parkinson, démences Alzheimer ou fronto-temporale…).

Enfin, la dépression du sujet âgé est accompagnée d’une modification de l’appétit et du poids et d’une perturbation du sommeil (insomnie ou hypersomnie).

Parfois, la plainte somatique domine la scène clinique et peut véritablement masquer les symptômes plus spécifiquement dépressifs (tristesse, anhédonie…). C’est le concept de dépression masquée.

Conclusion

On voit donc que l’éventail des signes et leur sévérité varient d’un individu à l’autre. La dépression est presque toujours méconnue par le sujet lui même, qui rationalise ses affects par des difficultés somatiques, ou encore existentielles.

La famille et l’entourage du déprimé méconnaissent souvent la dépression.

Eva TAZOPOULOU

 

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2008





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