Le courant humaniste
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> une approche non-directive <

Humanisme et pragmatisme

Dans l’approche clinique, le terme « humaniste » est plus particulièrement associé aux travaux de C. Rogers et A. Maslow. Dans la réalité ce terme regroupe une pluralité de méthodes qui se distinguent d’autres méthodes d’approche plus « pragmatique ».

La visée de l’approche humaniste concerne une réorganisation, dans les profondeurs du psychisme, des processus de pensée. Son action n’est pas immédiatement visible, à l’inverse d’une approche pragmatique qui elle vise le changement rapide de comportement.

Les techniques de l’approche humaniste se fondent sur l’interlocution et la production d’un discours livré aux associations d’idées ou images mentales. A l’inverse, l’approche pragmatique suit un canevas préétablit (de déconditionnement / reconditionnement) sensé garantir la disparition du symptôme.

L’approche humaniste ne propose aucune garantie de réussite car elle considère le symptôme comme une mise en sens que doit s’approprier la personne afin d’accéder à une meilleur connaissance d’elle-même. Dans cette approche, la disparition du symptôme n’est qu’un bénéfice parmi d’autres résultant d’une réappropriation de soi. A l’inverse, l’approche pragmatique n’a de priorité que la disparition du symptôme, sans s’occuper du sens ou de la fonction que celui-ci peut avoir dans l’économie psychique du sujet.

Une approche non directive

Le concept de « non-directivité » a été progressivement élaboré par C. Rogers, à partir des années 30. Par la suite, du fait de déformations possibles, il l’a remplacé par la notion « d’attitude centrée sur la personne ».
Cette approche a été développée consécutivement à son éloignement des concepts psychanalytiques, de son point de vue trop centrés sur les notions de conflits sexuels et d’interprétation. Elle n’est pas à proprement parler une théorie dans la mesure où il l’a conçue au fur et à mesure de sa pratique en consultation d’enfants et d’adolescents. Son élaboration théorique s’est constituée au fil de sa pratique.

La non directivité, par opposition à la directivité (qui n’est pas à confondre avec l’influence ou la non influence) implique la participation de la personne au processus thérapeutique.

Cette approche s’étaye avant tout sur l’attitude du thérapeute vis-à-vis de son client, qui le considère comme foncièrement digne de confiance, autonome et responsable. Elle met la personne en position d’acteur, dans la mesure où nous considérons que la personne « sait » ce qui la trouble et quels sont les conflits psychologiques qui sous-tendent ces troubles. Nous considérons qu’elle peut par elle-même accéder à cette connaissance, pour peu qu’elle soit aidée dans ce sens.

L’idée centrale est de considérer que la personne en thérapie non directive est maître de sa propre évolution, en générale ainsi que dans le décours de sa thérapie. Elle part du principe qu’une personne peut résoudre ses propres conflits dans la mesure où le thérapeute centre son écoute, non pas sur une théorie de la personne, mais véritablement sur son expérience et son vécu, dans lequel le thérapeute doit savoir s’immerger.

Ainsi l’attitude du thérapeute consiste, non pas à diriger la personne vers ce qui lui apparaît pertinent qu’elle découvre sur elle-même, mais à l’accompagner pas à pas dans son élaboration et ses prises de consciences successives, dans le but de l’aider à réorganiser, selon ses propres objectifs, sa personnalité.

Il se donne pour objectif de mobiliser les forces de changement à la faveur d’une attitude d’écoute particulière, radicalement différente de l’écoute neutre, flottante et interprétative du psychanalyste.

Une éthique de l'être humain

La mise en œuvre d’une telle pratique suppose le suivit de principes essentiels qui fondent la démarche du thérapeute humaniste.
Ainsi il considère que :

- tout être humain doué de sens et de raison a la capacité de ressentir et de comprendre la source de ses souffrances et de son trouble ;

- cette capacité globale de compréhension lui permet, s’il est aidé et soutenu dans sa démarche, de mobiliser les ressources nécessaires pour se réorganiser ;

- la capacité « d’auto organisation » ou « d’actualisation de sa spécificité » est inhérente à la condition humaine et participe d’un dynamisme vital par lequel tout être humain tend à actualiser son potentiel, c'est-à-dire à pourvoir à ses besoins et aspirations essentielles.

Une écoute authentique

Le thérapeute non-directif développe une attitude véritablement centrée sur la personne, en se positionnant à la fois comme congruent, empathique et inconditionnellement acceptant vis-à-vis de la personne en thérapie.

L’écoute est dite empathique lorsque qu’elle s’effectue en percevant la problématique de la personne depuis son propre point de vue, de ce qu’elle vit, exprime et ressent au fur et à mesure de son expression.

Du fait de son acceptation inconditionnelle , le thérapeute ne s’autorise aucun jugement, ni aucune interprétation et met entre parenthèse son pouvoir d’influence ou de critique, c'est-à-dire n’approuve ou ne désapprouve ce qui est dit.

La dimension de congruence indique que le thérapeute doit être profondément en accord avec lui-même, c'est-à-dire conscient de ce qu’il ressent et des émotions que suscite chez lui la personne en thérapie.

Cette attitude lui permet d’accompagner la personne au plus proche de son élaboration dans une écoute compréhensive et chaleureuse, ayant pour objectif de restituer ce savoir à la personne le plus fidèlement possible.
Cette écoute particulière, centrée sur la personne et non sur le savoir du thérapeute, lui permet progressivement, à son rythme propre, de se re-trouver, de se re-prendre, de découvrir enfin, d’elle-même, la direction qui lui convient et donc d’effectuer les changements qu’elle jugera nécessaires afin d’actualiser sa personnalité et de réaliser pleinement son potentiel personnel.
On ne peut véritablement adhérer à cette approche que si l’on conçoit l’être humain et la personne qu’elle constitue comme une entité autonome, à la frontière de l’individuel et de l’universel.

La pratique, la théorie et la recherche précisent clairement que l'approche « centrée sur la personne » repose sur une confiance de base en celle-ci. C’est ainsi que nous considérons la personne en démarche thérapeutique comme détentrice des clés de son organisation actuelle et de son devenir.

Eric KRETZ

 

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